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28.05.2008

La stèle

Mes aïeuls, une déesse rode sur mes trajets et hante mes trains. Je la croise régulièrement, louvoyant d'un wagon à l'autre, dans une direction ou l'autre. Je dirais HB 8,5, une superbe brune généreusement menue, aux formes parfaitement engoncées dans des jeans parfaitement ajustés, aux débardeurs tout aussi seyants, au visage sévère, presque impitoyable. Bref, un fantasme incarné. Je ne sais comment transcrire ses charmes tant les mots peinent à les couvrir pleinement. Toute beauté n'est-elle pas ineffable ?

Ce jour, une occasion rêvée se présenta à moi. Un hasard qui la mettait une fois de plus sur mon chemin. Je construisais quelques phrases destinées à l'aborder de trois quarts. J'affutais mes grappins, je les acérais tant qu'il m'était impossible de ne pas harponner ma proie. Je les effilais et les limais, je les effilais à nouveau, puis les relimais. Seulement pendant cette préparation minutieuse, l'appréhension montait. Rapidement, l'angoisse m'envahit et enfin une peur viscérale qui me submergeait complètement et se mêlait à l'émoi que la belle suscitait chez moi.

Alors quand je me présentai pour l'assaut véridique, mes lances-lances s'enrayèrent et se retournèrent même contre moi. J'étais pétrifié. Mes armes blessaient mes flancs. Plus je tentais de me défaire de cette incisive étreinte, plus l'étreinte se resserrait et plus je devenais fou de rage, plus l'envie me dévorait. Il n'existe pas sur terre de plus grande frustration que l'impuissance qui musèle jusqu'à notre volonté, notre désir le plus cher, quitte à nous mettre nous-même en péril.

Pendant que je subissais cette infirmité, je me languissais à la suivre, elle, qui évoluait sous mon nez, cette dorade magnifique dont les formes m'échappaient irrémédiablement. J'étais si proche que je pouvais presque prendre la forme de son corps girond, qui « se démembrait » sous mes yeux.

Si j'érige aujourd'hui cette stèle, c'est pour ne jamais oublier la frustration et entretenir l'envie qui me brûlait quand je tentais vainement de rattraper ces grâces qui se défilaient. Que plus jamais, cette situation, cette impuissance, ne se reproduise. Qu'à jamais, elle soit bannie de mon existence !

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